Vidéo du meurtre d’experts de l’ONU en RDC: «fuite en avant et manipulation de Kinshasa», selon le CRP

Les deux experts de l’ONU, Zaida Catalan (gauche) et Michael Sharp (droite)

Après la présentation à la presse lundi 24 avril par les autorités congolaises d’une vidéo montrant ce qu’elles affirment être l’assassinat de deux experts de l’ONU, Michael Sharp (Américain) et Zaida Catalan (de double nationalité suédoise et chilienne) tués en mars au Kasaï-central, Michel Kanama le président national du Congrès de Résistance Patriotique(CRP) a mis en doute et rejeté catégoriquement les affirmations du pouvoir de Kinshasa concernant la vidéo. D’où provient cette vidéo et qui en est l’auteur filmeur de la scène et comment est-elle parvenue entre les mains du pouvoir ? Tant de questions qui restent sans réponse, d’après le président national du  CRP.  

«Le régime criminel sanguinaire aux abois de Joseph Kabila tente de prendre une fuite en avant et manipuler systématiquement  l’opinion nationale et surtout internationale. En présentant  à la presse une vidéo d’environ deux minutes et affirmant  être l’assassinat de deux experts de l’ONU Michael Sharp et Zaida Catalan tués en mars au Kasaï-central  entourés par sept personnes parlant tshiluba, la langue dominante au Kasaï, coiffés de bandeaux rouges et armés de machettes, de bâtons, et pour l’un d’un fusil hors d’âge, le president Joseph Kabila et son gouvernement veulent faire un passage en force pour faire croire que les deux experts de l’ONU ont été exécutés par les présumés miliciens du Kasai », a déclaré  Michel Kanama le président national du Congrès de Résistance Patriotique(CRP).

«Les membres de la communauté de Kamwina Nsapu abusivement traités de milices par le régime de Kinshasa ne sont pas responsables de ce meurtre ignoble car il n’y a aucun rapport, aucune motivation, aucun intérêt, aucune implication et aucune raison. Par contre, victimes de massacre perpétré contre eux par M.Joseph Kabila et son escadron de la mort, les Kamwina Nsapu avaient tout intérêt et réclamaient déjà qu’une enquête internationale indépendante soit engagée par l’ONU pour identifier les responsables.

«Le pouvoir de Kinshasa qui, avant, niait et rejetait la présence des fosses communes dans cette partie du pays en parlant de montage et mise en scène, se refusait toute enquête, doit aujourd’hui répondre de toutes ses déclarations et affirmations sur l’assassinat barbare des experts de l’ONU Michael Sharp et Zaida Catalan.

«Les déclarations tendancieuses de M. Lambert Mende selon laquelle « Ces atrocités commises dans le Kasaï, particulièrement les attaques contre les agents de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) sont de nature à compromettre la tenue des élections à bonne date », sont une preuve qui confirme, dans un contexte d’imprudence d’un ministre, les intentions du président Joseph Kabila de se maintenir au pouvoir en violation de la constitution, contre la volonté du peuple congolais», a conclu M. Michel Kanama.

Présentation de la vidéo estimée du meurtre d’experts de l’ONU

Les autorités congolaises ont présenté lundi à la presse une vidéo montrant ce qu’elles affirment être l’assassinat de deux experts de l’ONU tués en mars au Kasaï-central, dans le centre de la République démocratique du Congo.

La vidéo d’environ deux minutes montre un homme et une femme blancs, qui correspondent au signalement des deux experts de l’ONU, Michael Sharp (Américain) et Zaida Catalan (de double nationalité suédoise et chilienne) entourés par sept personnes parlant tshiluba, la langue dominante au Kasaï, coiffés de bandeaux rouges et armés de machettes, de bâtons, et pour l’un d’un fusil hors d’âge.

Le colonel Pierre-Rombaut Mwanamputu, porte-parole de la police congolaise, a déclaré à la presse que les autorités avaient mis la main sur cette vidéo « grâce à la perspicacité de la police scientifique », sans plus de détails.

Par le biais d’un interprète hors champ, les hommes en armes promettent d’indiquer l’emplacement de fosses communes dans la brousse. Apparemment inquiet, l’homme blanc demande à l’interprète, dans un français avec un fort accent anglophone : « Pourquoi sont-ils armés et nerveux ? »

Rapidement, les deux étrangers sont contraints à s’asseoir par terre. Un coup de feu tiré par une arme hors champ part atteint l’homme à la poitrine. Une voix ordonne en français : « Tirez ! » La femme se jette vers l’homme comme pour le protéger mais une balle l’atteint dans le dos. La voix hurle : « Tirez ! » Trois autres coups partent.

La même voix hors champ ordonne alors en tshiluba : « Ne gaspillez plus les munitions, coupez la tête. Coupe d’abord les cheveux qui vont renforcer mon pouvoir ». On voit alors un adolescent lui couper la tête.

« Voici comment opèrent les hommes de Kamwina Nsapu », a déclaré à la presse le porte-parole du gouvernement congolais Lambert Mende, affirmant que l’assassinat montrait « l’oeuvre [de] terroristes qu’il faut éradiquer par tous les moyens ».

Élections compromises

« Grâce au génie de la justice militaire et de la police scientifique, certaines personnes vues sur ces images ont été arrêtées », a déclaré M. Mende, ajoutant que « d’autres courent encore ».

« Ces atrocités commises dans le Kasaï, particulièrement les attaques contre les agents de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) sont de nature à compromettre la tenue des élections à bonne date », a dit M. Mende alors que la RDC traverse un grave crise politique liée au maintien au pouvoir du président Joseph Kabila.

Âgé de 45 ans, M. Kabila est à la tête de la RDC depuis 2001. Son mandat s’est achevé en décembre et la Constitution lui interdit de se représenter. Un accord de sortie de crise signé le 31 décembre prévoit la tenue d’une présidentielle avant la fin de l’année, mais sa mise en oeuvre tarde et le respect de cette échéance apparaît chaque jour plus hypothétique.

Le Kasaï-central et trois autres provinces voisines sont en proie à des violences mêlant miliciens, policiers et soldats et ayant fait des centaines de morts au minimum depuis septembre après le soulèvement de partisans d’un chef coutumier local, Kamwina Nsapu, tué en août par les forces de l’ordre après s’être rebellé contre les autorités congolaises.

L’ONU y a dénombré 40 fosses communes. Elle accuse les rebelles de recruter des enfants et d’avoir commis de nombreuses atrocités. En face, les forces de l’ordre se voient reprocher par l’ONU de faire un usage disproportionné de la force contre des miliciens armés essentiellement de bâtons et de lance-pierres.

Début avril, le parquet militaire a affirmé avoir arrêté sept soldats mis en cause dans une vidéo largement partagée sur les réseaux sociaux montrant un massacre présumé de partisans de Kamwina Nsapu armés de bâtons et de lance-pierres.

Bakolokongo avec Afp