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La prison centrale de Makala attaquée, Ne Muanda Nsemi en fuite avec plusieurs prisonniers

Des tirs nourris sont entendus depuis tôt ce mercredi 17 mai à la prison centrale de Makala à Kinshasa. Des sources sur place parlent « d’une évasion massive des détenus » qui a poussé les militaires affectés sur cet établissement à ouvrir le feu.

Selon certaines sources, environ six cents détenus se sont évadés de cette maison carcérale. Parmi les évadés, le chef spirituel du mouvement politico-religieux Bundu dia Mayala (BDM), le député Ne Muanda Nsemi qui avait été arrêté en mars dernier à Kinshasa. Il est notamment poursuivi pour outrage au chef de l’Etat et incitation à la violence. Les autorités de Kinshasa parlent d’une cinquantaine d’évadés et mettent en cause les adeptes de cette secte.

Le chef d’un mouvement insurrectionnel ayant appelé au soulèvement contre le président congolais Joseph Kabila s’est évadé mercredi de la prison centrale de Makala à Kinshasa à la faveur d’une attaque nocturne.

Des éléments de la police dépêchés dans l’urgence ont bouclé le quartier où se situe cette maison pénitentiaire.

Sur la radio Top Congo, le ministre de la Justice, Alexis Thambwe Mwamba parle d’une attaque des « miliciens de Bundu dia Kongo » qui a permis à une cinquantaine de prisonniers de s’évader de la prison.

Le ministre précise que ces « miliciens » ont attaqué la prison de Makala « vers 4 heures du matin pour libérer leur leader ».

Ne Muanda Nsemi parmi les évadés

Ne Muanda Nsemi, leader de ce mouvement politico-religieux s’est échappé avec d’autres détenus, indique Top Congo.

La date choisie pour cette évasion est symbolique puisque mercredi est férié en République démocratique du Congo : le pays marque cette année le vingtième anniversaire de la chute du dictateur Mobutu Sese Seko et l’avènement du chef rebelle Laurent-Désiré Kabila, père de Joseph.

Député, Ne Muanda Nsemi est le chef de Bundu Dia Kongo (BDK, « Royaume du Kongo » en kikongo), mouvement politico-religieux prônant une scission du Kongo-central (province de l’Ouest de la RDC) et accusé d’une série d’attaques contre des symboles et des représentants de l’État en janvier et février 2016.

Il a été arrêté début mars après deux semaines de siège de sa résidence à Kinshasa. Le chef de BDK avait appelé auparavant à un soulèvement contre M. Kabila après une tentative avortée de rapprochement avec le chef de l’État, fin 2016.

Selon des sources pénitentiaires, Franck Diongo, Eric Kikunda et Firmin Yangambi, actuellement détenus à Makala, ont été forcés de s’évader. Sans succès. Ils sont toujours dans la prison. Jean-Claude Muyambo et Eugène Diomi Ndongala, deux hommes politiques incarcérés à Makala, sont toujours soignés dans des centres hospitaliers privés de la ville.

Trois personnes condamnées dans le cadre du procès de Laurent-Désiré Kabila ont également réussi à s’enfuir, selon des sources de la prison de Makala qui ne révèlent pas leurs identités.

M. Kabila a succédé à son père en janvier 2001. Élu président en 2006, il a été réélu en 2011, lors d’un scrutin entaché de fraudes massives. Son mandat s’est achevé en décembre et la Constitution lui interdit de se représenter, mais il se maintient à la tête du pays en vertu d’un arrêt controversé de la Cour constitutionnelle.

Véhicules et le bâtiment administratif  incendiés

Le bâtiment administratif de la prison centrale de Makala qui héberge plus de 7 000 détenus a été incendié tôt ce mercredi matin au cours d’une attaque que les autorités congolaises ont attribué à des « miliciens de Bundu dia Kongo ». Il s’en est suivi une évasion spectaculaire dont le bilan humain n’est pas encore établi.

Le reporter de Radio Okapi affirme avoir vu « plusieurs blessés embarqués dans les véhicules de la police être acheminées vers des hôpitaux». Certains témoins affirment sans d’autres précisions que l’attaque aurait fait des morts. Mais les autorités pénitentiaires ont  refusé de répondre aux questions de Radio Okapi, expliquant s’atteler à évaluer d’abord les dégâts.

Devant la prison, le reporter de Radio Okapi a compté près des dizaines des véhicules brulés. Le périmètre de cette prison était bouclé et toute circulation interdite aux piétons depuis 5 heures, heure locale.

Plusieurs proches des détenus de Makala, venus aux nouvelles, ont été priés de regagner leurs domiciles par des militaires et policiers déployés en nombre aux abords de cet établissement pénitentiaire.

Explosions et tirs

Selon des sources administratives, plus de 8.000 prisonniers s’entassent à Makala, bâtiment construit sous la colonisation belge dont la capacité d’accueil est de 3.000 places.

Bundu Dia Kongo prône la restauration du royaume Kongo, qui a connu son apogée au XVIe siècle et dont l’autorité s’étendait sur l’actuel Kongo-central et des territoires aujourd’hui en Angola, au Congo-Brazzaville et au Gabon.

En 2008, la secte avait été visée par une violente opération militaire, après avoir mené une série d’attaques contre des agents de l’État et avoir appelé la population locale à chasser de la province les « non-originaires ».

L’attaque contre la prison de Makala rappelle l’évasion spectaculaire d’un chef de milice congolais Kyungu Mutanga, alias Gédéon, condamné pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Il avait été exfiltré en 2011 d’une prison de haute sécurité à Lubumbashi, capitale de l’ancienne province du Katanga (sud-est).

Les résultats de l’enquête officielle sur cette évasion n’ont jamais été publiés. Accusé d’avoir mis à feu et à sang une partie du centre du Katanga après son évasion, Gédéon est sorti de la clandestinité en octobre à Lubumbashi, à l’occasion d’une cérémonie officielle organisée à l’occasion de sa reddition « à l’appel du président » Kabila, ainsi qu’il l’avait affirmé. Depuis lors, il vit officiellement en résidence surveillée.

Construite par les autorités coloniales en 1958 pour 1500 pensionnaires, la prison de Makala comptait fin 2016 plus de 7400 détenus vivant dans des conditions difficiles. De nombreux détenus croupissent dans cette maison de détention depuis des années pour des faits bénins et parfois.

Avec Radio Okapi et  VOA Afrique

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