RDC: 2 experts de l’ONU venus enquêter sur les fosses communes retrouvés morts

Les corps de deux experts de l’ONU, un homme et une femme, ont été retrouvés mardi dans le centre de la République démocratique du Congo. Ils avaient été enlevés le 12 mars. Les deux experts, Michael Sharp et Zaida Catalan, respectivement de nationalité américaine et suédoise avaient été enlevés le 12 mars en même temps que leurs quatre accompagnateurs congolais dans la province du Kasaï-central, secouée par la rébellion de Kamwina Nsapu, chef traditionnel tué en août 2016 lors d’une opération militaire, après s’être révolté contre les autorités de Kinshasa.

Mardi, l’Union européenne, l’Union africaine, les Nations unies et l’Organisation internationale de la Francophonie ont exprimé leur «profonde préoccupation» quant à «la grave situation» au Kasaï. Dans un communiqué commun reçu à Bruxelles, ces organisations s’alarment notamment d’«informations faisant état de la mort d’environ 40 membres de la police nationale congolaise». Lundi, la police nationale congolaise (PNC) a accusé des rebelles d’avoir massacré 39 de ses agents au Kasaï.

Les Nations unies étaient sans nouvelle depuis leur disparition le 12 mars dernier dans le centre de la RDC. Les corps de deux experts de l’ONU ont été retrouvés, les autorités viennent de le confirmer.
Le gouvernement congolais affirme qu’il n’y a plus de doute possible. Les corps retrouvés lundi par la police sont bien ceux de Michael Sharp et de Zahida Katalan, et de Betu Tshintela, l’interprète congolais qui les accompagnait. Ils reposent à la morgue de la mission de l’ONU près de l’aéroport de Kananga, la principale ville de la province. Le corps de leur interprète se trouve toujours à l’hôpital de cette localité.

Leurs trois chauffeurs sont toujours portés disparus. Tous les six avaient disparu le 12 mars, à environ 120 km au sud de Kananga, cinq jours après leur arrivée dans la région. Les deux chercheurs des Nations unies, un Américain et une Suédoise, avaient pour mission d’enquêter sur les violations des droits de l’homme au Kasaï central. Ils sont tombés dans une embuscade, quelques jours seulement après leur arrivée dans la région.

Cela fait plus de six mois que cette province est secouée par des violences quasi quotidiennes entre d’un côté les forces gouvernementales et de l’autre une milice se revendiquant d’un chef traditionnel tué en août dernier par les militaires. Une région aussi où, selon Human rights watch, deux douzaines de fosses communes présumées ont été signalées depuis janvier.

Le week-end dernier, l’organisation avait estimé que le « manque de coopération » du gouvernement congolais « freinait les efforts déployés par la Monsuco pour retrouver la trace des experts ». La Monusco n’avait pas encore réagit mardi soir. Mais son chef Manan Sidikou, avait prévenu le 15 mars dernier que « si par malheur, il arrive quelque chose, (…) il y aura des conséquences sérieuses ».

Les autorités soupçonnent les Kamuina Nsapu

Juste après l’embuscade tendue aux experts de l’ONU et leur enlèvement, les autorités parlaient de groupe armé non-identifié. Mais ce mardi soir, le gouvernement congolais accuse ces fameux miliciens Kamuina Nsapu d’être responsables de ces assassinats. « Les soupçons se dirigent vers ces milices que l’on appelle Kamuina Nsapu, a expliqué Lambert Mendé, le porte-parole du gouvernement. On se demande s’il s’agit d’un même groupe ou si des groupes de malfrats n’utilisent pas cette dénomination de Kamuina Nsapu pour agir. Tout cela, c’est les magistrats nous diront de quoi il s’agit. »

Mais pour l’ONG La voix des sans voix, il est encore trop tôt pour accuser les Kamuina Nsapu. « Ça peut être aussi des personnes qui ont commis des violations de droits humains et qui n’ont pas, peut-être, accepté que cela soit connu au niveau international, pour éviter des sanctions. C’est aussi une hypothèse qu’on peut explorer », suggère Rostin Manketa, le directeur exécutif de l’ONG.

Il en appelle à la « responsabilité » des autorités  de « pleinement coopérer pour que toute la lumière soit faite sur » ce crime « inouï, inadmissible », qui « dépasse tout entendement », selon lui. Il estime « s’en prendre aux experts des Nations unies est la négation du respect des droits humains, du droit à la vie et il est important que les auteurs répondent de leurs actes. »

L’enquête se poursuit, les policiers congolais recherchent toujours les trois chauffeurs. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a confirmé mardi soir que les corps découverts en République démocratique du Congo étaient bien ceux de deux experts de l’ONU, assurant que les Nations unies feraient « tout leur possible pour que justice soit rendue. »

Avec Afp et Rfi