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Etats-Unis: un décret de Donald Trump permet aux églises de faire de la politique

Le 4 mai, le président américain a signé un décret permettant aux cultes de faire ouvertement de la politique, mettant à mal la séparation des pouvoirs politique et religieux en échange d’une exemption d’impôts . À terme, cela pourrait favoriser toutes sortes de discriminations.

Le président des Etats-Unis réalise ainsi l’une de ses promesses de campagne. Une promesse faite aux évangélistes, l’un des lobbies qui ont activement participé à sa victoire en novembre dernier.En novembre dernier, Donald Trump a fait une promesse aux évangélistes, l’un des lobbies les plus puissants ayant participé à sa campagne : leur donner le droit de faire de la politique, une chose résolument interdite aux cultes jusque-là, en échange d’une exemption d’impôts.

L’évangélisme est un courant du christianisme très important aux États-Unis. Il réunit des confessions inspirées par la Réforme protestante dans diverses églises. Les chrétiens évangéliques sont partisans de la conversion au christianisme, et sont ainsi à l’origine de nombreux baptêmes d’adultes aux États-Unis. Ils sont réputés très conservateurs, anti-avortement, parfois sexistes et surtout très homophobes.

Aux XVIIIe et XIXe siècles, les évangélistes anglo-saxons ont eu une forte influence politique. Parmi les exemples les plus navrants et les plus révélateurs de leur influence, on retrouve leur longue opposition à la pratique du sport par les femmes, au nom de « la morale ». Ces dernières décennies, l’Amérique a connu plusieurs présidents évangélistes, dont Jimmy Carter, Ronald Reagan et George W. Bush. Cependant, ces derniers ne sont jamais allés aussi loin que Donald Trump. Pendant sa campagne, l’actuel président s’était saisi de ce puissant lobby, lui promettant de lui redonner du pouvoir en échange de son soutien. Résultat : le 8 novembre 2016, 81 % des chrétiens évangélistes ont voté pour lui.

Une atteinte à la séparation des églises et de l’État

Le décret signé par Donald Trump le 4 mai touche à une valeur fondamentale de la république américaine : la séparation des pouvoirs politique et religieux. Même si les différentes églises établies aux États-Unis ont souvent des avis politiques (et ne se cachent pas pour les donner), il leur est formellement interdit de faire de la politique – en ayant un parti qui se présenterait aux élections, par exemple. D’ailleurs, une loi de 1954 empêche les organisations exonérées d’impôts de soutenir officiellement un candidat lors d’une élection.

Avec ce décret, les institutions religieuses qui emploient des salariés pourront refuser de proposer à ces derniers des mutuelles couvrant le remboursement de contraceptifs. En revanche, le texte n’autorise pas les discriminations envers les homosexuels ou les mères célibataires, ce que certains lobbys évangélistes souhaitaient.

Pour faire passer le décret, le président Trump s’est caché derrière la liberté d’expression, affirmant qu’avec son gouvernement celle-ci « ne s’arrête pas aux marches des cathédrales, des synagogues, ou tout autre lieu de prière. Nous rendons ainsi leur voix à nos églises ». De nombreux groupes de défense des libertés civiles et sexuelles américaines ont peur que ce décret autorise des agences du gouvernement ou des sociétés privées de refuser de servir les personnes homosexuelles au nom de la liberté du culte. Cette situation pourrait être « un permis de discriminer sans précédent », affirme Sarah Warbelow, membre de l’ONG Human Rights Campaign.

« La liberté de religion ne donne pas le droit d’imposer ses croyances aux autres, de les blesser ou de discriminer », affirme-t-elle dans les colonnes du New York Times. Ceci est une attaque de plus du président Trump contre les droits des personnes LGBT et des femmes.

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