Zimbabwe: le président Robert Mugabe a démissionné

Alors que le Parlement examinait une procédure de destitution contre le dirigeant âgé de 93 ans, celui-ci a fait parvenir une lettre, mardi, annonçant sa démission avec effet immédiat.

Au pouvoir depuis 1980, le président du Zimbabwe, Robert Mugabe, a remis une lettre de démission au Parlement zimbabwéen, mardi 21 novembre. L’annonce, qui est à effet immédiat, est tombée alors que les députés examinaient une procédure de destitution à son encontre.

« Moi, Robert Gabriel Mugabe, (…) remets formellement ma démission de président de la République du Zimbabwe avec effet immédiat », a déclaré le président de l’Assemblée nationale, Jacob Mudenda, en lisant sous les applaudissements la lettre de démission du chef de l’Etat.

« J’ai choisi volontairement de démissionner. (…) Cette décision a été motivée par (…) mon désir d’assurer un transfert du pouvoir sans problème, pacifique et non violent. »

L’ancien vice-président zimbabwéen, Emmerson Mnangagwa, devrait être nommé mercredi président par intérim, a fait savoir le porte-parole de la Zanu-PF, le parti au pouvoir, à l’Agence France-Presse.

Un président acculé

L’annonce de sa démission a été immédiatement saluée par un concert de klaxons dans la capitale, Harare. Son départ a également été salué à l’international. Washington a estimé que la démission de M. Mugabe était « une opportunité historique pour les Zimbabwéens » et a appelé à l’organisation d’élections « libres et équitables ».

La première ministre britannique Theresa May a également déclaré que « la démission de Robert Mugabe offr[ait] au Zimbabwe l’opportunité de se forger une nouvelle voie libre de l’oppression qui a caractérisé son pouvoir », avant d’assurer l’ancienne colonie britannique de « tout le soutien » du Royaume-Uni.

« La décision prise par le président Mugabe de se retirer montre qu’il a écouté les voix du peuple », a salué, de son côté, la chef de la diplomatie de l’Union européenne Federica Mogherini. « L’UE est prête à accompagner » la mise en place d’un « dialogue inclusif qui respecte les aspirations du peuple zimbabwéen à un avenir plus prospère et démocratique et qui encourage l’accélération des réformes essentielles », a t-elle ajouté.

M. Mugabe était acculé depuis le coup de force de l’armée il y a une semaine, provoqué par la révocation du vice-président, Emmerson Mnangagwa. C’est la deuxième épouse de M. Mugabe, Grace, qui avait demandé son éviction alors qu’il lui barrait la route dans la course à la succession de son mari.

Mais à cause de l’éviction de ce fidèle du régime, le président Mugabe a alors perdu un à un ses soutiens. Et c’est, finalement, M. Mnangagwa qui pourrait succéder à Robert Mugabe. L’ancien vice-président était un homme-clé du président zimbabwéen pendant des décennies. Il est notamment accusé d’avoir participé à la répression de ceux qui contestaient l’autorité du chef d’Etat.

Les militaires, qui se sont défendus de mener un coup d’Etat, ont essayé depuis plusieurs jours d’obtenir la reddition du président zimbabwéen. Mais à plusieurs reprises, M. Mugabe a rejeté leurs offres.

Une économie ruinée

Dimanche soir, alors qu’il faisait un discours à la télévision, le plus vieux dirigeant en exercice de la planète, à 93 ans, avait ainsi refusé, contre toute attente, de quitter ses fonctions. Autour de lui étaient assis des militaires, qui contrôlent désormais le pays.

Insistant sur le fait qu’il restait le « commandant en chef » du pays, il a reconnu « les problèmes » soulevés par les militaires. Avant d’ajouter, dans une formule sibylline : « Nous devons apprendre à pardonner et résoudre nos contradictions, réelles ou ressenties, dans un esprit de camaraderie zimbabwéenne. »

Accueilli en libérateur à l’indépendance de la colonie britannique en 1980, Robert Mugabe a dirigé son pays d’une main de fer pendant trente-sept ans, muselant tous ses opposants et ruinant son économie.

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