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Zimbabwe: la retraite contrainte mais bien dotée du président Robert Mugabe

Au Zimbabwe, l’ex-président Robert Mugabe partirait à la retraite avec un « package » de près de 10 millions d’euros. C’est ce que révèle la presse zimbabwéenne, ce dimanche 26 novembre, citant des hauts responsables de la Zanu-PF, le parti au pouvoir. Sous la pression de la rue et des militaires, l’ex-homme fort du Zimbabwe a accepté quitter le pouvoir cette semaine après 37 ans de règne.

Selon un haut responsable de la Zanu-PF, 5 millions de dollars vont être versés immédiatement à l’ex-président Robert Mugabe, en plus d’un salaire de 150 000 dollars, chaque année, jusqu’à sa mort. Après son décès, Grace, sa femme, touchera la moitié de ce salaire pour le reste de sa vie.

En plus de cette allocation, le gouvernement s’engage à payer les frais médicaux de l’ex-président, âgé de 93 ans, ainsi que ses frais de voyage à l’étranger. Robert Mugabe se rend à Singapour plusieurs fois par an pour se faire soigner. Enfin, seront ajoutés à cela, les coûts liés à sa sécurité, ce qui représente, en tout, un « package » évalué à 10 millions de dollars.

Le couple peut également continuer à résider dans leur maison Blue Roof, dans le quartier de Borrowdale, à Harare, une résidence de 25 chambres évaluée à 10 millions de dollars.

Le secrétaire général du MDC, principal parti d’opposition, a réagi. Pour Douglas Monzora, l’ex-président a droit à un salaire comme tout ex-chef de l’Etat mais « le payement de 5 millions d’euros supplémentaires est inutile et ressemble fortement à un pot-de-vin ».

L’annonce a fait réagir la population. C’est beaucoup, s’exclame un Zimbabwéen, chauffeur de taxi qui gagne 200 dollars par mois.  « Ah c’est beaucoup. Moi je pense que c’est normal de lui donner quelque chose, il a beaucoup travaillé il le mérite. Mais ça devrait être juste un montant et après c’est fini. Mais lui donner un salaire tous les mois, alors que le pays n’a pas d’argent, c’est trop. » Mais pour de nombreux Zimbabwéens, ce qui bloque, c’est le salaire qui sera versé à Grace Mugabe, l’épouse de l’ex-chef de l’Etat quand il sera décédé. Un salaire inacceptable pour Roseline, femme de ménage : « C’est beaucoup d’argent. Ils ont déjà tellement pris. Et j’ai l’impression qu’ils vont encore prendre le peu qu’il nous reste. Grace a déjà tellement dépensé d’argent qui est à nous et qui aurait dû nous revenir. Alors la payer, alors qu’elle n’a rien fait, ça n’est pas juste. »

Robert Mugabe «savait que c’était la fin de la route»

Plusieurs jours après sa démission forcée, Robert Mugabe est toujours au pays et les témoignages commencent à sortir dans la presse zimbabwéenne sur son état d’esprit actuel, ainsi qu’au moment de son départ du pouvoir.

On apprend par exemple à la lecture du journal privé The Standard qui cite son entourage, que Robert Mugabe avait « les larmes aux yeux » quand il a accepté de céder le pouvoir. Il se serait aussi lamenté de « la trahison de ses lieutenants ». « Les gens sont des caméléons », aurait alors déclaré le vieil homme de 93 ans.

Fidelis Mukonori, son ami prêtre catholique qui a servi de médiateur lors des discussions avec les généraux, affirme de son côté que plusieurs jours déjà avant sa démission, Robert Mugabe « savait que c’était la fin de la route », et qu’il est apparu « soulagé » au moment de signer sa lettre.

Cinq jours plus tard, l’ex-président semble aller bien selon ses proches. « Il est plutôt jovial. Il se réjouit de sa nouvelle vie, de s’occuper d’agriculture et de rester dans sa maison de campagne. Il a bien pris les choses » commente son neveu Leo Mugabe, cité par l’AFP.

Selon lui, Grace Mugabe se consacre maintenant à son projet d’université en l’honneur de son ex-président de mari. Un projet estimé à 1 milliard de dollars et qui a fait grincer des dents lorsqu’il a été dévoilé en août dernier.

Robert Mugabe a de quoi être serein. Ses affaires et celles de sa famille ne seront pas inquiétées.

Par Rfi