Tête-à-tête Kabila-Tshisekedi: la rencontre de dernière chance pour opérer le putsch électoral

Le couple Kamerhe-Tshisekedi au service inlassable de la Kabilie

 Alors que le peuple congolais attend la proclamation des résultats provisoires de la présidentielle, Felix Tshisekedi et Joseph Kabila se sont rencontrés et entretenus mardi 8 janvier pour organiser et opérer le putsch électoral avec la Ceni. La journée a été marquée par la main tendue surprise de l’UDPS au président sortant Joseph Kabila. De possibles négociations entre l’UDPS et le pouvoir pour faire barrage au candidat et véritable vainqueur de la présidentielle, Martin Fayulu, en vue d’opérer le putsch électoral.

Les résultats provisoires de l’élection présidentielle en République démocratique du Congo pourraient être annoncés d’ici « 24 à 48 heures », a indiqué mardi soir la Commission électorale, après avoir annoncé le début de ses délibérations. La Conférence épiscopale de la puissante Eglise catholique congolaise a déjà affirmé que « le peuple congolais connaît déjà le résultat » et « le véritable vainqueur de l’élection présidentielle » du 30 décembre. A suivi la déclaration de l’ Eglise du Christ du Congo (ECC) qui a demandé à la Céni de tenir « ses promesses, faites devant Dieu et devant la nation, d’offrir à la nation la vérité et rien que la vérité des urnes ».

Le secrétaire général de l’UDPS, Jean-Marc Kabund, n’a pas démenti des « rumeurs faisant état d’un rapprochement entre le président sortant » et Félix Tshisekedi.

M. Kabund a déclaré que Félix Tshisekedi était « pressenti gagnant » de l’élection présidentielle. M. Tshisekedi et le président sortant Joseph Kabila ont donc « intérêt » à se rencontrer, « pour préparer la passation pacifique et civilisée du pouvoir », a-t-il ajouté.

M. Tshisekedi avait lui-même estimé que le président Kabila pourrait « vivre tranquillement dans son pays, vaquer à ses occupations » s’il quittait le pouvoir.

« Un jour nous devrons même songer à lui rendre hommage pour avoir accepté de se retirer. Pourquoi, compte tenu de son expérience, ne pas lui confier des tâches diplomatiques spéciales, faire de lui un ambassadeur extraordinaire du Congo ? », avait-il dit au journal belge Le Soir.

Très confiant en sa victoire, M. Fayulu est soutenu par l’ancien gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, considéré comme un « Judas » par le président Kabila, et l’ex-chef de guerre et ex-vice-président, Jean-Pierre Bemba.

Mardi, un porte-parole de la Majorité pro-Kabila, Alain Atundu, a eu des mots très durs envers la coalition politique Lamuka formée autour de M. Fayulu, sans jamais attaquer Félix Tshisekedi.

La Céni réunie en plénière improvisée

Les résultats provisoires de l’élection présidentielle en République démocratique du Congo pourraient être annoncés d’ici « 24 à 48 heures », a indiqué mardi soir la Commission électorale, après avoir annoncé le début de ses délibérations. La Céni qui avait renvoyé sine die l’annonce des résultats provisoires de l’élection présidentielle du 30 décembre, s’est vue improviser la plénière après la rencontre Kabila-Tshisekedi.

« La Céni compte consacrer entre 24 et 48 heures à ce travail. C’est à l’issue de ce délai que la Céni va programmer la proclamation des résultats provisoires de la présidentielle », a déclaré le président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) Corneille Nangaa.

« L’assemblée plénière de la Céni a entamé, ce mardi 8 janvier 2019 depuis 19h00, une série de plénières d’évaluations et de délibérations à l’issue desquelles elle procédera à la publication des résultats provisoires de l’élection présidentielle », avait indiqué la Céni dans un Tweet à 20h42 (19h42 GMT).

La circulation sur le boulevard du 30-Juin devant le siège de la Céni a été bloquée par des policiers armés mardi soir après cette annonce, a constaté un photographe de l’AFP. Dans l’après-midi, des habitants de la capitale ont pris d’assaut plus tôt que d’habitude les transports collectifs sur la foi de la rumeur d’une proclamation imminente des résultats provisoires.

Fayulu met en garde la Commission électorale

Mardi, très confiant en sa victoire, M. Fayulu a lancé sa propre mise en garde: « Les résultats électoraux ne se négocient point ». Le candidat d’opposition Martin Fayulu a prévenu mardi que les Congolais connaissaient « le véritable vainqueur de l’élection présidentielle » et il a mis en garde la Commission électorale « contre toute tentative de travestir la vérité des urnes » en République démocratique du Congo.

« Le peuple congolais connaît déjà le résultat rendu public par affichage devant les bureaux de dépouillement » et « le véritable vainqueur de l’élection présidentielle du 30 décembre 2018 », a affirmé M. Fayulu, lors d’une de ses premières déclarations à la presse depuis le scrutin du 30 décembre.

M. Fayulu et cinq autres candidats mineurs ont mis en garde la Commission électorale « contre toute tentative de travestir la vérité des urnes ». Ils ont appelé la Commission électorale « à publier dans un bref délai les résultats provisoire de l’élection présidentielle ».

La Commission électorale a reporté dimanche sine die la proclamation de l’élection présidentielle du 30 décembre, affirmant n’avoir traité que 53% des résultats. M. Fayulu a affirmé que « la Céni après avoir pris connaissance des vrais résultats (…) s’est abstenue délibérément de les rendre public en violation de son propre calendrier pour des raisons inavouées ». Cette attitude selon lui suscite des « suspicions légitimes diverses qui alimentent la tension politique ».

« Les résultats électoraux ne se négocient point et en aucun cas, ni le peuple congolais ni nous mêmes n’accepterons de tels résultats », a déclaré M. Fayulu.

La Ceni sous pression de la vérité des urnes

De nombreuses voix ont demandé à la Céni de proclamer « la vérité des urnes », comme la Conférence épiscopale qui affirme depuis plusieurs jours connaître le vainqueur.

L’Afrique, les Etats-Unis et l’Europe ont demandé vendredi à Kinshasa de respecter le choix des électeurs congolais après le scrutin présidentiel historique de dimanche dernier pour désigner le successeur du président Joseph Kabila. Les Etats-Unis ont appelé les autorités électorales de République démocratique du Congo (RDC) à « respecter » le choix des Congolais qui se sont rendus aux urnes pour désigner le nouveau président, en publiant des résultats « exacts ».

La puissante Eglise catholique congolaise demande exactement la même chose. Sa conférence épiscopale a même suscité la colère de la majorité pro-Kabila et de la commission électorale pour avoir laissé entendre qu’elle connaissait déjà le nom du vainqueur.

Le Centre Carter à qui les autorités congolaises ont refusé l’accréditation pour les élections du 30 décembre dernier en RDC, exige la transparence dans le processus électoral dans ce pays.

« J’exhorte la Commission électorale nationale indépendante à informer le public des progrès accomplis dans la compilation des résultats des élections et à faire en sorte que les résultats définitifs reflètent la volonté du peuple congolais telle qu’elle l’a été exprimée lors des scrutins, » déclare, dans le message, l’ancien président américain Jimmy Carter.