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RDC: les « Lumumba papers » éclaboussent la BGFI-Bank et l’entourage de Kabila

Francis Selemani Mtwale, proche de Joseph Kabila, a quitté la direction générale de BGFIBank au Congo. Jean-Jacques Lumumba, un des petits-neveux du héros de l’indépendance congolaise, a accusé plusieurs proches du président Joseph Kabila d’avoir détourné de l’argent par l’intermédiaire de la banque BGFI, dont il a longtemps été l’un des cadres. Ses accusations sont étayées par une série de documents remis au quotidien belge Le Soir.

Proche de Joseph Kabila, Francis Selemani Mtwale quitte la tête de la filliale de la BGFIBank en RDC, pour devenir directeur du développement du holding du groupe au Gabon, dans un contexte où cette banque est citée dans plusieurs scandales financiers au Congo.

Francis Selemani Mtwale n’est plus directeur général de la BGFIBank RDC. Il a été remplacé par Abdel Kader Diop, qui était jusqu’alors son adjoint. Ainsi en a décidé le Conseil d’administration de la filiale RDC qui s’est tenu le 2 mai 2018 à Kinshasa.

Dirigeant cette banque depuis 8 ans, cet ami d’enfance du président Joseph Kabila vient d’être promu directeur du développement au sein du holding BGFIBank, basé au Gabon, et de fait membre du Comité de direction de cette institution bancaire panafricaine.

Pour rappel, la filiale de BGFI en RDC a été épinglée dans un article publié par Le Soir en 2016 se fondant sur des révélations d’un lanceur d’alerte, Jean-Jacques Lumumba, ancien cadre de cette banque. Il accuse plusieurs proches du président Joseph Kabila d’avoir détourné de l’argent par l’intermédiaire de la banque BGFI.

Depuis, les scandales se succèdent. Le dernier en date est celui révélé par The Sentry, un groupe d’investigation co-fondé par l’acteur américain George Clooney, présentant la BGFIBank comme « le trésorier de bailleurs de fonds liés au Hezbollah » et appelant à des sanctions américaines contre la société.

Un mouvement normal pour le PDG de la BGFIBank

D’après le PDG du groupe, Henri-Claude Oyima, ce changement stratégique correspond à un mouvement normal au sein de BGFIBank.

« Ça fait 9 ans que Francis Selemani Mtwale est directeur général. Dans le groupe, les directeurs généraux ont un mandat de 4 ans renouvelable une seule fois. Donc, Francis Selemani Mtwale a déjà fait ses mandats. Il était plus que temps qu’il fasse autre chose. Ça n’a rien avoir avec ce que vous appelez scandales. Chez nous, il n’y a pas de scandales. Puisque nous travaillons normalement », nous assure-t-il.

Le Conseil d’administration a également décidé de mettre en place un nouveau plan stratégique sur trois ans baptisés « se réinventer pour mieux vous servir », à travers notamment une meilleure maîtrise des risques et un renforcement de l’action commerciale.

Il y a d’autres actionnaires qui sont rentrés au capital
« Nous avons aussi procédé au renforcement du capital qui devient beaucoup plus diversifié maintenant. La participation des congolais à hauteur de 40% dans le capital social de BGFIBank RDC est toujours maintenue mais diversifiée. Il y a d’autres actionnaires qui sont rentrés au capital », a révélé Henri-Claude Oyima promettant de rendre public leurs noms ultérieurement.

D’après une source proche du dossier, Gloria Mteyu, membre de la famille Kabila, aurait cédée ses parts à des tierces personnes quelques jours avant la tenue de cette réunion du Conseil d’administration.

Avec le départ de Francis Selemani Mtwale de la direction générale, des observateurs estiment que le groupe BGFIBank a préféré mettre à l’abri ces deux proches de la famille présidentielle qui sont souvent cités dans plusieurs scandales financiers.

Position que le groupe BGFIBank rejette en bloc, selon son PDG Henri-Claude Oyima.

« J’ai pensé à mon grand-père »

C’est une petite bombe dans le microcosme politique kinois. Dans son édition du 29 octobre, le quotidien belge Le Soir accuse plusieurs proches du président Joseph Kabila d’avoir effectué des montages financiers douteux à partir de comptes ouverts dans la branche congolaise de BGFI-Bank. Celle-est dirigée par Francis Selemani Mtwale, un proche du président Kabila depuis ses années d’exil, dans sa jeunesse, en Tanzanie. L’homme qui l’accuse n’est autre qu’un des ex-cadres de la banque, Jean-Jacques Lumumba, par ailleurs un des petits-neveux de Patrice Lumumba, le héros de l’indépendance congolaise. Cet homme âgé de 30 ans a quitté son poste, emmenant avec lui des photocopies de documents compromettant auxquels il a eu accès.

« Ce que je voyais filer, c’était l’argent du peuple, a-t-il expliqué au Soir, à propos de son travail à la BGFI. J’ai alors pensé à mon grand-père, à son combat, à ses principes. Je ne veux pas traîner toute ma vie le boulet d’avoir été complice de ces malversations ».

Que montrent ces « Lumumba papers », ainsi que les ont baptisés les mouvements citoyens congolais ? Ils pointent notamment des mouvements suspects vers un compte appartenant à la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). Entre mai et septembre 2016, plusieurs chèques ont en effet été encaissés par cette dernière pour un montant total de quelques 7,5 millions d’euros, selon l’ancien banquier. Or la Ceni, organe chargée d’organiser les élections, se plaint régulièrement de manquer de fonds pour mener à bien ses missions…

Versements de la Banque centrale

L’autre volet de l’affaire vise Albert Yuma, le puissant président de la Fédération des entreprises du Congo (FEC) et président du Conseil d’administration de la Gécamines, l’entreprise minière d’État. Egal, une société de Yuma spécialisée dans le commerce agroalimentaire, a bénéficié en 2013 de quatre versements pour un total de 43 millions de dollars sur un compte logé à la BGFI. Or ces versements provenaient de la Banque centrale du Congo, institution publique dirigée par Deogratias Mutombo Nyembo. Un prêt direct à une entreprise est normalement interdit. D’autant que, selon le quotidien belge, la somme n’a jamais été remboursée.

Par ailleurs, des prêts contractés par la Gécamines auprès de la BGFI pour 30 millions de dollars auraient amené, entre octobre 2015 et mai 2016, à un double prélèvement des intérêts par la banque : une fois automatiquement, la seconde manuellement. Le préjudice s’élèverait ainsi pour la société publique à 2,7 millions de dollars. Yuma affirme toutefois qu’il s’agit d’une erreur de la banque, rectifiée par la suite.

Des « idioties », selon Yuma

Joint par Jeune Afrique, Yuma qualifie les accusations « d’idioties ». « Il faut ne rien comprendre au fonctionnement de l’économie pour écrire des choses pareilles, lance-t-il. Ce monsieur Lumumba, je ne le connais pas. Il a sans doute été payé. La BGFI va publier un communiqué prochainement et je répondrai personnellement au Soir« , se défend-il.

Également contacté par Jeune Afrique, Francis Selemani, le DG de la BGFI à Kinshasa, s’est quant à lui refusé à tout commentaire.

Avec Jeuneafrique