Rd Congo: Mgr Fridolin Ambongo Besungu, nouvel archevêque de Kinshasa

L’archevêque de Kinshasa Laurent Monsengwo, une des voix critiques de l’opposition aux pouvoirs en République démocratique du Congo, a cédé jeudi 1er novembre le siège métropolitain à Mgr Fridolin Ambongo à moins de deux mois des élections clés qui doivent organiser la succession du président Joseph Kabila. Le pape accepte la démission du cardinal Laurent Monsengwo, archevêque de Kinshasa.

« Le pape François a accepté jeudi 1er novembre la renonciation du cardinal Laurent Monsengwo à la tête de l’archidiocèse de Kinshasa, introduite depuis 2015 », a déclaré le père Bruno Lusongakio, un porte-parole de l’archidiocèse de Kinshasa. Il cède son fauteuil à Mgr Fridolin Ambongo qui travaillait déjà auprès de lui comme archevêque coadjuteur de Kinshasa depuis le 6 février. En acceptant la renonciation du gouvernement pastoral de l’archidiocèse de Kinshasa, en République démocratique du Congo, présentée par le Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya, le Saint-Père a nommé pour le succéder, Mgr Fridolin Ambongo Besungu, qui était jusqu’ici archevêque coadjuteur de ce même archidiocèse. Le cardinal Laurent Monsengwo devient donc archevêque émérite de Kinshasa.

« La passation de pouvoir et de service a eu lieu à Kinshasa ce jeudi en présence du Nonce apostolique », tandis que l’inauguration officielle du ministère de son successeur aura lieu le 25 novembre 2018 à la cathédrale Notre Dame du Congo, a encore indiqué Bruno Lusongakio.

« Que les médiocres dégagent »

Âgé de 79 ans, le cardinal Laurent Monsengwo fut l’une des voix critiques qui se sont élevées contre les différents régimes de la République démocratique Congo (ex-Zaïre), du dictateur Mobutu Sese Seko (1965-1997) à Laurent-Désiré Kabila (1997-2001), jusqu’à Joseph Kabila.

« Que les médiocres dégagent », avait-il ainsi lancé après la répression de l’une des premières marches anti-Kabila, le 31 décembre 2017, qui avait fait six morts à Kinshasa, après un second report des élections en RDC.

En réponse, le président Joseph Kabila avait critiqué l’ingérence de l’Église catholique dans les affaires politiques en RDC dans sa conférence de presse du 26 janvier : « Rendons à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

Entre décembre 2017 et février 2018, les catholiques ont organisé trois marches en RDC contre le maintien au pouvoir du président Kabila.

L’ascension atypique de Laurent Monsengwo

Laurent Monsengwo Pasinya avait été ordonné en 1963. Il est le premier Africain à devenir docteur en sciences bibliques. Personnage central de la Conférence épiscopale de la République démocratique du Congo, qu’il préside depuis 2004, Mgr Monsengwo Pasinya occupe depuis vingt ans un rôle de premier plan dans son pays.

Nommé en 1981, à 41 ans, évêque auxiliaire de Kisangani, il ne quittera ce diocèse qu’en 2007, quand il sera nommé archevêque de Kinshasa. Le cardinal Monsengwo a joué un rôle majeur dans la quête de démocratie vécue par le Zaïre à la fin du règne du maréchal Mobutu. Il préside successivement, entre 1991 et 1996, la Conférence nationale souveraine puis le Haut Conseil de la République, le parlement de transition.

Sensible au thème de l’inculturation, dans un pays où les sectes se développent rapidement, il aura été le secrétaire spécial du Synode sur la Parole de Dieu en 2008, tout en étant une voix écoutée lors des deux sessions du Synode sur l’Afrique. Il est membre de la Congrégation pour l’Éducation catholique et pour l’Évangélisation des peuples.

“Mgr Ambongo se dit très reconnaissant au Saint-Père ”
Mgr Ambongo a été nommé archevêque coadjuteur de Kinshasa en février 2018. C’est donc après à peine huit mois qu’il prend la charge de cet archidiocèse qui compte environ 12.150.000 habitants dont 6.682.500 chrétiens.  Il n’est pas aussi étonné que ça de cette nomination. « Je crois que c’est un peu dans l’ordre des chose. J’ai été nommé non comme axillaire mais comme coadjuteur, cela signifie que dans la planification du Saint-Père, il y avait le projet de succession », affirme-t-il.

Mgr Ambongo se dit en outre suis très reconnaissant envers le Saint-Père qui a rendu public cette nomination en la fête de Toussaint. « Cela me donne la garantie, la sécurité, qu’au cours de tout mon ministère, je serai accompagné par tous les saints du ciel.  Ils m’aideront à porter ma lourde responsabilité », estime-t-il.

Kinshasa, une ville très politique

Archevêque de Kinshasa, la capitale du pays, avec tout l’environnement sociopolitique qui y règne, le nouvel archevêque de cette ville reconnaît que du point de vue humain, il a la conscience de la lourdeur de la charge qui l’attend. « Parce qu’être archevêque de Kinshasa ce n’est pas la même chose qu’être évêque de Bokungu-Ikela. Il y a toute la dimension nationale de cette charge, évidement cela effraie. Mais en même  temps j’ai aussi cette confiance que quand le seigneur appelle à une charge, lui-même donne les moyens nécessaire pour l’assumer », dit-il.

Un message aux chrétiens de Kinshasa

Aux fidèles de son entité ecclésiale et aux hommes de bonne volonté, Mgr Ambongo demande tout simplement de prier pour lui.

J’aurais l’occasion de m’exprimer au peuple lors de la cérémonie d’inauguration qui est prévu pour  le 25 novembre en la solennité de la fête du christ roi.

Prise de possession canonique le 25 novembre 2018
Mgr Ambongo prendra la possession canonique de l’archidiocèse de Kinshasa le 25 novembre 2018, en la fête du Christ. Il est le quatrième archevêque congolais au gouvernement pastoral de Kinshasa après le Cardinal Joseph Malula, le Cardinal Frédéric Etsou et le Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya qui a été à la tête de cet archidiocèse de 2017 à 2018.

Qui est Mgr Fridolin Ambongo Besungu ?

Mgr Ambongo est né le 24 janvier 1960 à Boto, dans le diocèse de Molegbe, province du Nord-Ubangi, dans la région Nord-ouest de son pays, la République démocratique du Congo.

Après ses études de philosophie au séminaire de Bwamanda et de théologie à l’Institut Saint-Eugène de Mazenod de Kinshasa, il s’engage dans l’Ordre des Frères mineurs capucins (OFM). Il prononce ses premiers vœux en 1981 et ses vœux perpétuels en 1987.

Le 14 août 1988, il est ordonné prêtre.  Mgr Ambongo a ensuite entrepris ses études doctorales en Théologie morale à l’Académie Alphonsienne de Rome. Il a enseigné notamment la théologie morale à l’Université Catholique du Congo, alors Facultés Catholiques du Congo, et au Grand Séminaire Saints Pierre et Paul de Lisala.

En 2004, il est nommé évêque de Bokungu-Ikela, dans la province de l’Equateur et a été sacré évêque le 6 mars 2005. Une expérience pastorale qui n’était pas du tout facile pour lui. Un diocèse enclavé, nous dira-t-il un jour. On l’appelait d’ailleurs « l’évêque à moto », vu les conditions difficiles de transport qui l’obligeaient à user les deux-roues pour ses visites pastorales.

Avant de devenir évêque, il a été Supérieur du district des Frères mineurs capucins en Afrique et  Président national de l’Assemblée des Supérieurs majeurs (Asuma).

En 2008, le Pape Benoît XVI l’a nommé administrateur apostolique de Kole, un diocèse situé au centre du pays. Il est en même temps président de la Commission épiscopale ‘Justice et Paix’ et de la Commission Episcopale des Ressources Naturelles. Le 6 mars 2016, le Pape François, le nomme administrateur apostolique de Mbandaka-Bikoro, avant de le nommer, le 12 novembre 2016, archevêque du même archidiocèse.

En juin 2017, il est élu par ses frères évêques, vice-président de la Conférence épiscopale nationale du Congo, CENCO. Le 6 février 2018, il est nommé archevêque coadjuteur de l’archidiocèse de  Kinshasa.

Bakolokongo(avec Agences)