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Israël: Une loi controversée définit Israël comme « l’État-nation juif »

Le Parlement israélien a adopté jeudi une loi fondamentale qui déclare notamment que les implantations juives « relèvent de l’intérêt national » et retire à l’arabe son statut de langue officielle au côté de l’hébreu.

Levée de boucliers en Israël : la Knesset, le Parlement israélien, a adopté jeudi un projet de loi controversé définissant Israël comme « l’Etat-nation du peuple juif ». Le texte a immédiatement provoqué un tollé parmi les organisations des droits de l’homme et les leaders de l’opposition qui l’accusent d’officialiser des discriminations envers les Arabes israéliens – qui représentent 20 % de la population – et donc de dégrader leur statut.

Intervenant symboliquement dans la foulée de la célébration du 70e anniversaire de la création de l’Etat d’Israël – et du transfert de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem, désormais reconnue par Washington comme capitale de l’Etat hébreu  -, la loi, adoptée par 62 voix contre 55, dont 45 de parlementaires juifs d’opposition, déclare notamment que l’hébreu devient la seule langue officielle d’Israël (l’arabe avait auparavant un statut identique et n’aura donc plus qu’un « statut spécial »). Autre mesure contenue dans la loi : les« implantations juives [en Israël] relèvent de l’intérêt national » et Jérusalem est la capitale d’Israël, y compris la partie orientale de la ville annexée. Enfin, la loi prévoit que le calendrier lunaire juif est le calendrier officiel du pays.

Le texte, qui entre dans la catégorie des lois fondamentales – qui font office de Constitution en Israël -, ne reconnaît désormais le droit à l’autodétermination qu’aux seuls juifs. Et le dénie donc aux citoyens arabes : « Israël est l’Etat-nation du peuple juif dans lequel il réalise son droit naturel, culturel, historique et religieux à l’autodétermination », y est-il écrit.

Cheval de bataille de Netanyahu

« C’est un moment décisif dans les annales du sionisme et de l’histoire de l’Etat d’Israël », s’est félicité le Premier ministre, qui avait fait de ce texte son cheval de bataille. « Nous continuerons à garantir le respect des droits civiques dans la démocratie israélienne, mais la majorité a aussi des droits et la majorité décide. Une majorité absolue veut garantir le caractère juif de notre Etat pour les générations à venir », a ajouté Benjamin Netanyahu.

Les députés arabes au Parlement ont bruyamment exprimé leur indignation après le vote.« J’annonce avec stupéfaction et tristesse la mort de la démocratie », a déclaré le député Ahmed Tibi. Cette loi est « dangereuse et raciste par excellence », elle« légalise officiellement l’apartheid », a dénoncé le secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Saëb Erakat.

Le président israélien parmi les détracteurs

Les détracteurs du texte jugeaient ses premières moutures encore plus discriminatoires à l’égard des Arabes israéliens. Plusieurs clauses, qui avaient suscité une vague de critiques, notamment de la part du président israélien, Reuven Rivlin, du procureur général Avishai Mandelblit et de la délégation de l’Union européenne en Israël, ont été retirées à la dernière minute.

L’article le plus controversé, qui évoquait la possibilité de créer des localités exclusivement réservées aux juifs, a ainsi été amendé. Il affirme désormais que « l’Etat considère que le développement des implantations juives relève de l’intérêt national et que l’Etat prendra les mesures pour encourager, faire avancer et servir cet intérêt ».

Une autre clause, retirée, recommandait aux tribunaux de s’appuyer sur la loi religieuse en l’absence de jurisprudence.

Avec Afp, Reuters, Bloomberg