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Elections en RD Congo: quand Joseph Kabila choisit (aussi) les observateurs sans l’Union européenne

La Ceni est catégorique : « Les observateurs de l’Union européenne ne sont pas les bienvenus pour les élections du 23 décembre ». Faut-il y voir un lien avec les sanctions de l’UE qui visent le candidat du pouvoir ? Explications.

«Il n’y aura pas d’invitations pour des observateurs de l’Union européenne et ceux de la Fondation Carter pour les élections du 23 décembre« , a déclaré un responsable de la Commission électorale nationale indépendante (Céni). La Fondation Carter a un problème avec le ministère congolais des Affaires étrangères. Son rapport sur les élections de 2011 a failli provoquer la guerre dans le pays. Ils avaient fait preuve d’un manque évident de professionnalisme », a encore expliqué la source.

« La Céni a invité des observateurs de l’Union africaine, de la Communauté pour le développement de l’Afrique australe (SADC), de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Est-ce que les élections ne sont valables que si l’UE et le Centre Carter sont là ? », s’est emporté ce responsable.

La Commission électorale nationale indépendante (Ceni) a fait savoir qu’aucune invitation ne sera transmise aux observateurs de l’Union européenne pour les élections à venir.

C’est un responsable de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) qui a transmis l’information à l’Agence France Presse lundi 26 novembre. « Il n’y aura pas d’invitations pour des observateurs de l’Union européenne et ceux de la fondation Carter pour les élections du 23 décembre », a-t-il déclaré alors que les préparatifs et la campagne vont bon train.

 Le candidat de Kabila sous le coup de sanctions de l’Union européenne

« La Ceni a invité des observateurs de l’Union africaine, de la Communauté pour le développement de l’Afrique australe (SADC), de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Est-ce que les élections ne sont valables que si l’UE et le Centre Carter sont là ? », s’est emporté ce responsable. Loin d’être anodine, cette décision a un lien direct avec le fait que l’UE a sanctionné une quinzaine de personnalités congolaises (gel des avoirs et des visas) pour atteinte aux droits de l’homme après la fin du deuxième et dernier mandat du président Joseph Kabila fin 2016 et le report des élections. Parmi ces personnalités figure le candidat du pouvoir à l’élection présidentielle, l’ancien ministre de l’Intérieur Emmanuel Ramazani Shadary.

C’est en mai 2017 que le courroux de l’UE s’est abbatu sur le dauphin de Kabila. Il est accusé d’avoir été « responsable de l’arrestation d’activistes et de membres de l’opposition, ainsi que de l’usage disproportionné de la force depuis sa nomination, tel que les mesures de répression violentes prises contre des membres du mouvement Bundu Dia Kongo (BDK) au Kongo central, la répression à Kinshasa en janvier et février 2017 et le recours disproportionné à la force et la répression dans les provinces du Kasaï ». Déjà le mois dernier, un collectif d’avocats avait introduit une demande au Conseil de l’Union européenne pour la levée des sanctions qui ont été renouvelées pour un an à la mi-décembre 2017. Les sanctions européennes consistent notamment en une interdiction de visa et un gel des avoirs dans l’Union. Pour l’instant, Kinshasa s’active, mais il faudra attendre peut-être le dernier moment, aux alentours du 12 décembre, pour avoir une décision du Conseil de l’UE.

L’union africaine apporte son soutien à Kinshasa

Dans ce bras de fer du pouvoir avec l’Union européenne et les États-unis, Kinshasa a reçu le soutien de l’Union africaine. Sollicité par un conseiller de la présidence, le Conseil de paix et de sécurité de l’institution a officiellement demandé la levée des sanctions internationales, celles de l’UE en particulier, qui frappent Emmanuel Ramazani Shadary, candidat de la coalition au pouvoir à la présidentielle ainsi que quatorze autres personnalités proches du pouvoir. « Le Conseil exprime sa gratitude à la Monusco et aux partenaires bilatéraux et multilatéraux de la RDC pour leurs appuis multiformes dans la stabilisation au Congo et, rappelant le paragraphe 8 du Communiqué de sa 712e réunion, demande la levée de toutes les sanctions individuelles imposées à l’encontre des personnalités congolaises, afin de créer un environnement propice à la tenue d’élections libres, transparentes et apaisées en RDC », précise le communiqué final de la réunion tenue le 19 novembre et publié une semaine plus tard.

Quant à la fondation Carter, la Ceni dit « qu’elle a un problème avec le ministère congolais des Affaires étrangères. Son rapport sur les élections de 2011 a failli provoquer la guerre dans le pays. Ils avaient fait preuve d’un manque évident de professionnalisme », a encore expliqué cette source. La fondation Carter, qui affirme promouvoir la démocratie et les droits de homme dans le monde, a été fondée en 1982 par l’ancien président américain et prix Nobel de la paix Jimmy Carter.

Joseph Kabila avait succédé à son père Laurent-Désiré, après son assassinat en 2001. Il avait été élu en 2001 et réélu pour cinq ans dans la contestation en 2011. En février 2012, le Centre Carter avait estimé que les résultats de la présidentielle et des législatives de 2011 manquaient de crédibilité à cause des irrégularités constatées au cours des opérations électorales. Dans un autre rapport en novembre 2017, le Centre Carter a estimé que plus de 750 millions de dollars de recettes minières ne pouvaient être retracés dans les livres de compte de l’État congolais.

(Avec Le Point Afrique)

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