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Conseil d’Obasanjo à Kabila: «Céder le pouvoir dans son propre intérêt et celui de son pays»

L’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo

Président à deux reprises (1976-1979, 1999-2007), le Nigérian Olusegun Obasanjo s’est investi pour la paix en Afrique. En 2008, il a offert ses bons offices à la Monuc au plus fort de la rébellion menée par le CNDP de Laurent Nkunda.

Face à l’impasse politique que traverse la RDC suite à la non tenue des élections depuis 2016, l’ancien président nigérian, Olusegun Obasanjo qui a été au pouvoir à deux reprises (1976-1979, 1999-2007), a estimé qu’un président qui s’accroche, ce n’est bon pour personne». C’est une interview qu’il a accordée à Jeune Afrique que reprend Le Potentiel.

Le Nigérian qui s’est désormais investi pour la paix en Afrique est d’avis que la sortie de crise en RDC dépend avant tout du départ de Kabila. Autrement dit, aucune transition ne peut être envisagée avec Kabila aux commandes de l’Etat, interprète Le Potentiel.

Fin connaisseur du bourbier politique congolais où la non-tenue d’élections a entraîné le pays dans un trou, l’ancien président nigérian a, dans une interview à Jeune Afrique, prodigué un sage conseil au président Joseph Kabila, indiquant qu’après la fin de son deuxième et dernier mandat, il était dans l’intérêt de ce dernier et dans celui de son pays de quitter le pouvoir.

Après avoir passé dix ans à la tête du Nigeria, le pays le plus peuplé d’Afrique, Olusegun Obasanjo s’est pleinement engagé dans la promotion de la paix sur le continent noir. Malgré ses 80 ans, l’homme ne se lasse pas de parcourir le monde pour la paix et la stabilité de son continent. On se souvient encore de sa présence permanente en RDC, au temps fort de la rébellion menée dans l’Est par Laurent Nkunda sous les couleurs du CNDP.

Et lorsque Jeune Afrique est allé l’interviewer à Abeokuta, son fief en pays yoruba, le général à la retraite n’a pas hésité à aborder le dossier de la RDC. Ses réponses sont tranchantes. Elles sont en même temps  prémonitoires d’un tournant décisif qui se négocie en RDC, alors que le pays est plongé depuis décembre 2016 dans une crise politique indescriptible. Obasanjo redoute l’effet contagion dans d’autres pays de la région des Grands Lacs qui peine à retrouver sa stabilité.

Ainsi sonne le glas

« Dans le monde actuel, rappelle-t-il, c’est un peu comme si nous habitons tous dans la même maison : s’il y a une fuite d’eau dans votre chambre, cela peut affecter la mienne. Même si les difficultés d’un pays doivent être prioritairement gérées par ses citoyens, les voisins ne peuvent pas rester les bras croisés ».

Neuf ans après sa croisade de paix dans l’Est de la RDC, Olusegun Obasanjo redoute que le pays ne s’embrase une nouvelle fois. Le refus du président Kabila de céder le pouvoir au terme son deuxième et dernier mandat a semé le doute dans les esprits autant dans le pays qu’en Afrique en général.

Paroles de sage

Ainsi, lorsque Jeune Afrique lui lance : « Selon vous, Kabila est-il prêt à céder le pouvoir », Obasanjo ne cache pas son désarroi. « J’ignore ce qu’il veut faire. C’est pourtant dans son propre intérêt et dans celui de son pays ». Fin diplomate, il rebondit dans des termes plus explicites : « Si on arrive à lui expliquer qu’il peut quitter le pouvoir sereinement, sans risquer d’être poursuivi, il est possible qu’il accepte. Il faut lui donner des garanties ».

De l’avis d’Obasanjo, la sortie de crise en RDC dépend avant tout du départ de Kabila. Autrement dit, aucune transition ne peut être envisagée avec Kabila aux commandes de l’Etat. L’ancien président nigérian n’hésite pas à le lui rappeler. « Il faut qu’il sache qu’il pourra vivre dans les meilleures conditions après avoir abandonné ses fonctions. En toute sécurité », lui lance-t-il.

« N’est-ce pas sa succession qui pose problème ? Ne veut-il pas obtenir la garantie que ses ennemis, tel Moïse Katumbi, n’accèdent pas au pouvoir ? ». A cette question de Jeune Afrique, Obasanjo ne fait pas dans la dentelle : « Ce qui compte, ce n’est pas ce que vous voulez, mais ce que votre pays veut. Ce qui compte, ce n’est pas ce qui vous plait ou non, mais ce qui plait à votre pays. Votre vote importe peu. C’est celui de l’ensemble des citoyens qui compte ».

Signes de temps

Dix ans de pouvoir, en intermittence dans son pays, Olusegun Obasanjo est une figure incontournable qui a une idée exacte des méandres du pouvoir sur le continent. Après son départ du pouvoir en 2007, il s’est investi dans la promotion de la paix. Averti, il a une parfaite connaissance de l’arène du pouvoir et de ses liens avec les grandes instances décisionnelles mondiales. Kinshasa ferait donc mieux de ne pas minimiser ses déclarations. Bien au contraire. Un homme averti en vaut deux, dit un adage. Les paroles de sagesse de l’ancien président nigérian doivent donc être prises à leur juste valeur. Elles traduisent une frustration dont l’impact dépasse les frontières de la RDC.

Une chose est vraie : le monde n’est pas prêt à abandonner le peuple congolais et son pays, la RDC. Au niveau mondial, il y a une synergie qui se met en place. A Kinshasa, de bien lire les signes de temps pour ne pas être pris de court.

Avec Le potentielOnline