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Avion abattu à Kindu en 1998: le patron de CAL hausse le ton contre Thambwe Mwamba

Le patron de la compagnie aérienne Congo Airlines (CAL), Stavros Papaioannou,  à travers son compte Twitter vient de hausser le ton contre le ministre congolais de la justice, Alexis Ntambwe Mwamba, pour son avion abattu à Kindu en 1998 par les forces rebelles du RCD/Goma dont Alexis Ntambwe Mwamba fut porte-parole. 

C’est alors qu’un Boeing 727 de la compagnie Congo Airlines est abattu par un tir de missile Sam 7. À son bord, 50 personnes, dont 43 civils, essentiellement des femmes et des enfants, et 7 membres d’équipage.

L’affaire du drame de Kindu est déjà portée devant la justice internationale, l’ancien patron de CAL Stavros Papaionnou qui séjourne à Bruxelles pour être à la disposition de la justice belge concernant le drame de Kindu, se frotte bien les mains et espère être un jour indemnisé par la justice belge.

L’enquête permettra de remonter la piste jusqu’au vrai commanditaire quand on sait que l’ancienne rébellion RCD/Goma ne pouvait disposer de ce genre de missile qui a abattu l’avion civil de Congo Airlines (CAL). On peut facilement imaginer que c’est le même type de missile qui avait été utilisé pour abattre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana en 1994.

C’est au motif de crime contre l’humanité qu’une action a été engagée en Belgique et aux Etats-Unis contre Thambwe Mwamba, actuel ministre congolais de la Justice de Joseph Kabila pour crime contre l’humanité. Tout commence en 1998…

Thambwe Mwamba est aujourd’hui garde des Sceaux de la RDC sous la présidence de Kabila fils, mais, en 1998, la musique était totalement différente. À l’époque, il était l’un des responsables d’un mouvement rebelle qui affrontait, armes à la main, Kabila père. Mais pourquoi Alexis Thambwe Mwamba vient-il d’être visé par une plainte déposée en Belgique pour crime contre l’humanité ?

18 octobre 1998 à Kindu, dans le Maniema

C’est l’histoire d’un passé qui ne passe pas. En attendant qu’un jour, peut-être, la justice – la vraie – finisse par passer et mettre un peu de baume sur des plaies toujours vives. Flash-back. Nous sommes en 1998 en RDC. La deuxième guerre du Congo a débuté le 2 août. Elle ne prendra officiellement fin que cinq ans – et six millions de morts – plus tard, le 30 juin 2003. En attendant, le conflit fait rage, en particulier dans l’est du pays où un mouvement rebelle, sponsorisé par le Rwanda voisin, le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), affronte les forces gouvernementales du nouvel homme fort de Kinshasa, Laurent-Désiré Kabila, qui a arraché le pouvoir des mains de Joseph Mobutu un an auparavant, en mai 1997. Ce 18 octobre 1998, les protagonistes continuent de s’affronter aux abords de Kindu, la capitale du Maniema située à quelque 1 200 kilomètres à l’est de Kinshasa. C’est alors qu’un Boeing 727 de la compagnie Congo Airlines est abattu par un tir de missile Sam 7. À son bord, 50 personnes, dont 43 civils, essentiellement des femmes et des enfants, et 7 membres d’équipage.

Le lendemain, l’information se répand. Sur RFI, l’un des leaders du RCD, Alexis Thambwe Mwamba, revendique non sans fierté l’attaque contre l’avion. Pour la justifier, il évoque la présence de militaires pro-Kabila dans l’appareil qui aurait été sur le point d’atterrir à l’aéroport de Kindu. « Une version immédiatement démentie par les responsables de la compagnie aérienne et de nombreux témoins », rétorque La Libre Belgique dans son édition du jour. « L’avion n’était pas en approche de Kindu, mais venait de décoller avec, à son bord, selon plusieurs témoignages recueillis, des civils qui cherchaient à fuir un front militaire qui ne cessait de se rapprocher de la ville », précise M.Stavros, le PDG de Congo Airways, devenue après la guerre Hewa Bora Airways, qui serait cité comme témoin dans ce dossier.

Alexis Thambwe Mwamba, rattrapé par son passé

Vingt ans plus tard ou presque, le 14 juin 2017, Alexis Thambwe Mwamba séjourne en Belgique. L’intéressé y a ses habitudes. À l’instar d’autres membres de l’élite congolaise, il y est en effet domicilié (à Uccle précisément, dans la banlieue chic de Bruxelles). Mais ce jour-là n’est pas tout à fait un jour comme les autres pour le ministre congolais. Son téléphone ne cesse de sonner. La Libre Belgique vient en effet de révéler qu’une plainte pour crime contre l’humanité a été déposée contre lui à Bruxelles par les familles des victimes via leur avocat, Me Alexis Deswaef. Après un mois d’attente, un juge d’instruction a même été désigné. Il s’agit de Michel Claise, un magistrat chevronné et réputé pour son « expertise congolaise », l’homme ayant déjà eu à traiter un certain nombre d’affaires en lien avec le Congo-Kinshasa. C’est lui en particulier qui avait instruit, en 2003, un dossier dans lequel on retrouvait déjà un certain… Alexis Thambwe Mwamba, considéré alors comme le « roi du cobalt ».

Une personnalité controversée

Il faut dire qu’Alexis Thambwe Mwamba est une personnalité controversée de la vie politique RD congolaise, comme l’atteste son parcours sinueux (proche de Joseph Mobutu à l’origine, il s’est successivement aligné sur les positions de Léon Kengo wa Dondo, puis de la rébellion pro-rwandaise du RCD, puis encore de Jean-Pierre Bemba, avant enfin de rallier Joseph Kabila). Né en 1943 à Longo dans le Maniema, diplômé en droit et en sociologie de l’Université du Burundi et, dit-il, de l’Université libre de Bruxelles, cet avocat de formation a été administrateur général de la Société minière et industrielle du Kivu (Sominki), à l’époque troisième société minière du pays, puis ambassadeur du Zaïre en Italie, avant d’être nommé ministre des Travaux publics, de l’Urbanisme, de l’Habitat, du Commerce extérieur et des Transports sous Joseph Mobutu. À la chute du dictateur en 1997, il part se réfugier un temps en Belgique, avant de rejoindre la partie orientale du Congo et la rébellion comme « chef de file des mobutistes ralliés au RCD », précise alors Colette Braeckman, journaliste au quotidien belge Le Soir. Après avoir vigoureusement affronté Kabila père, Thambwe Mwamba devient l’une des figures les plus en vue du régime de Kabila fils. Il est en effet aujourd’hui à la tête du très stratégique ministère de la Justice, avec rang de ministre d’État. Mais à Kinshasa, comme ailleurs dans le pays, l’homme est tout aussi connu sous le sobriquet – pour le moins évocateur – de « ministre de l’injustice ». Dans le Maniema, sa province d’origine, son image est encore plus ternie. En effet, les civils morts le 18 octobre 1998 étaient pour la plupart des enfants du pays. Parmi eux figurait même l’une des propres cousines d’Alexis Thambwe Mwamba. Intolérable pour les populations du Maniema, qui ne lui pardonneront jamais cet épisode, comme le montre son échec, en 2011, lors des dernières élections législatives. Candidat dans cette province, il avait été alors sévèrement battu.

Considéré de fait comme l’un des rouages de la politique répressive du régime à l’encontre des opposants et comme l’un des principaux artisans de l’instrumentalisation de la Justice en RDC, Alexis Thambwe Mwamba figurait ces derniers mois sur les pré-listes de personnalités proches de Joseph Kabila ayant vocation à faire l’objet de sanctions de la part de l’Union européenne. À chaque fois, son nom a été retiré à la dernière minute. L’homme, dit-on, disposerait d’influentes relations… De notoriété publique, il est proche du bourgmestre d’Uccle, Armand de Decker, qui l’a même fait citoyen d’honneur de sa commune. « Mais cela pourrait ne pas durer », indique une source bruxelloise. Et pour cause, à l’instar d’Évariste Boshab, d’Emmanuel Ramazani Shadary ou de Lambert Mende, Alexis Thambwe Mwamba est considéré comme un dur du régime. Ceux qui ont plaidé pour un tournant sécuritaire en RD Congo et qui poussent inlassablement en faveur du maintien au pouvoir de Joseph Kabila au mépris de la Constitution. C’est lui d’ailleurs qui était apparu en première ligne quand il s’est agi de dénoncer une supposée tentative de coup d’État prétendument fomentée par Moïse Katumbi, figure de proue de l’opposition RD congolaise, contraint à l’exil depuis un an. Un dossier qualifié de « grotesque » par nombre d’ONG, ainsi que par l’Église catholique, mais qui sert aujourd’hui de levier de pression (aux côtés d’une autre affaire, tout aussi « rocambolesque », d’escroquerie immobilière) pour maintenir hors du pays l’ex-gouverneur du Katanga, considéré par Joseph Kabila comme son rival le plus dangereux.

Mauvaise passe pour le « ministre de l’injustice »

Cette procédure devant la justice belge pour crime contre l’humanité intervient au pire moment pour Alexis Thambwe Mwamba. Déjà sous le coup d’un éventuel procès pour torture intenté par Darryl Lewis, un citoyen américain qui fut l’un des gardes du corps de Moïse Katumbi, ainsi que de possibles sanctions internationales, l’homme traverse également une mauvaise passe au Congo-Kinshasa. Mardi 13 juin, une motion de défiance a été déposée contre lui au Parlement congolais à la suite des innombrables – et inexplicables – évasions de prisonniers qui ont eu lieu ces dernières semaines en République démocratique du Congo (plus de 5 000 détenus au total auraient pris la poudre d’escampette en seulement un mois). La veille, plusieurs ONG congolaises, parmi lesquelles l’Association congolaise pour l’accès à la Justice (Acaj), avaient réclamé la « démission volontaire » du ministre de la Justice à la suite de cette série d’événements pour le moins troublante…

« La justice belge […] devra faire fi des critiques et des menaces qui ne tarderont pas à pleuvoir. Il ne s’agit ni de postcolonialisme ni d’ingérence, mais de dire le droit. Un droit universel qui s’applique donc à tous, même aux ministres, même aux ministres congolais… quelles que soient leurs amitiés en Belgique », prévient Hubert Leclercq dans La Libre Belgique. Un avis partagé par de nombreuses organisations des droits de l’homme en RDC, pays où la justice a depuis longtemps perdu toute indépendance.

Bakolokongo avec Le Point

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