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Au moins 6 morts et 49 blessés dans la répression sanglante des marches pacifiques à Kinshasa

La marche pacifique anti-Kabila des catholiques de ce dimanche 21 janvier dont l’appel a été lancé par le Comité laïc de coordination contre le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila, vient d’être à nouveau réprimée dans le sang par le pouvoir de la médiocrité du régime de Kinshasa.

Nouvelle mise a jour: 21/01/2018, 19h00 GMT

Au moins six personnes ont été tuées et 49 autres blessées dimanche en République démocratique du Congo dans la répression sanglante par les forces de sécurité de marches contre le maintien au pouvoir du président Kabila, a indiqué l’ONU, deux d’après les autorités congolaises. Mais les témoins et les organisateurs eux parlent d’au moins une vingtaine de morts.

Il y a eu également 69 arrestations, a ajouté la porte-parole de la Mission des Nations unies au Congo (Monusco). Les décès ont été comptabilisés à Kinshasa, alors que les blessés et les arrestations ont été enregistrés dans tout le pays, selon cette même source qui parle d’un « bilan provisoire ».

Une jeune femmes est décédée après un tir de rafales d’une « automitrailleuse » visant l’entrée de l’église Saint-François-de-Salles dans la commune de Kitambo, a déclaré à l’AFP le médecin, ex-ministre et opposant Jean-Baptise Sondji.

La Mission des Nations unies au Congo (Monusco) a également fait état d’un mort dans cette paroisse, mais parlait d’un homme à la mi-journée.

« Une auto-mitrailleuse est passée devant la paroisse. Ils se sont mis à tirer des balles réelles. Je me suis protégé », a déclaré M. Sondji joint par téléphone.

« Une jeune fille qui se trouvait à la porte latérale gauche de l’église a attrapé une balle au niveau de l’humérus gauche qui était complètement déchiqueté », a-t-il poursuivi.

« Elle avait beaucoup saigné. On a essayé de mettre un garrot. J’ai essayé les massages cardiaques », a-t-il poursuivi.

Le médecin a estimé que la jeune fille était déjà morte quand elle a été transportée en taxi vers l’hôpital de Kitambo. Des membres de la Croix-Rouge lui ont confirmé le décès, affirme-t-il. « Ils ont pris le corps qui est à la morgue de l’hôpital Mama Yemo ».

Au moins 16 personnes ont été blessées, dont quatre grièvement parmi lesquelles deux par balle, a par ailleurs indiqué à l’AFP une infirmière du centre médical Mgr Léonard, près de l’église Saint-Joseph, dans une autre commune populaire de Kinshasa.

Dix prêtres arrêtés et deux religieuses portées disparues

Le président de l’Association congolaise pour l’accès à la justice (ACAJ), Georges Kapiamba, a condamné la répression de la marche pacifique organisée dimanche 21 janvier par les laïcs catholiques et l’arrestation des dix prêtres par les forces de l’ordre à Kinshasa.

«Nous avons le cas de dix prêtres arrêtés, dont Monsieur l’abbé Dieudonné Mukinayi, de la paroisse Saint Christophe de Binza Ozone (Kinshasa). [Il] est séquestré dans une résidence d’un membre du gouvernement avec huit paroissiens », a indiqué Georges Kapiamba, parlant également de deux religieuses portées disparues.

L’ACAJ annonce un bilan provisoire de cinq personnes tuées « à balles réelles », dont une fille de d’environ seize ans, dans la ville de Kinshasa.  

«La marche d’aujourd’hui a été brutalement réprimée encore une fois, comme ce fut le cas le 31 décembre 2017, dans le sang par les militaires et policiers. Et nous condamnons cette décision du gouvernement, qui a pris le risque de faire réprimer une marche totalement pacifique», a affirmé Georges Kapiamba à Radio Okapi.

Casques bleus déployés

Une cinquantaine de Casques bleus armés de la Monusco, la force de l’ONU en RDC, se sont déployés devant l’église entre les manifestants dont le nombre était estimé à plusieurs centaines et les forces de l’ordre, selon cette même source.

La plus importante mission de l’ONU dans le monde avait promis de déployer ce dimanche des observateurs pour rapporter d’éventuels cas de violences ou de violations des droits de l’homme.

« Ce déploiement de Casques bleus nous empêche de faire correctement notre travail », a lancé un responsable de la police congolaise devant des journalistes.

Les protestataires s’étaient repliés dans l’église après avoir tenté de marcher avec des rameaux à la main après avoir été rapidement dispersés à coup de gaz lacrymogènes par les forces de l’ordre.

Les autorités congolaises ont une nouvelle fois interdit des marches à l’appel d’un collectif de laïcs proche de l’Eglise catholique qui avait déjà organisé une initiative similaire le 31 décembre dernier. La répression avait alors fait six morts dont cinq à Kinshasa, selon les Nations unies et la nonciature apostolique, aucun d’après les autorités.

Dans la nuit de samedi à dimanche, internet a été coupé dans les grandes villes de la RDC où d’importantes forces de l’ordre ont été déployées. Malgré ces mesures de police, des fidèles ont tenté de défiler en plusieurs endroits avant l’intervention de la police.

Dans la principale église à Kinshasa, la cathédrale Notre-Dame, d’autres fidèles ont essuyé des tirs de gaz lacrymogènes alors qu’ils tentaient de marcher après l’office, a déclaré un témoin à AFP.

‘Maman Marie vient sauver le pays’

Dans d’autres endroits de la capitale congolaise, plusieurs centaines de personnes ont tenté de défiler entre l’église Christ-Roi et la place de la Victoire, dans le centre, avant de se heurter aux forces de l’ordre. Les marcheurs portaient des crucifix et des chapelets et chantaient en lingala « Maman Marie, viens sauver le pays ». Des curés et un des leaders de l’opposition, Vital Kamerhe, avaient pris la tête du cortège.

D’abord inactive, la police a tiré des gaz lacrymogènes avant d’essuyer des jets de pierres dans une situation qui restait volatile, a constaté un journaliste de l’AFP.

A Goma, dans l’est de la RDC, des fidèles ont également été dispersés par la police à coup de gaz lacrymogènes en sortant de la cathédrale, selon un correspondant de l’AFP.

En outre, la situation était confuse et tendue à Kisangani, grande ville de l’est, avec des marches qui tentaient de se reconstituer après leur dispersion, selon un autre correspondant de l’AFP. Le président de l’épiscopat congolais, Mgr Marcel Utembi, est originaire de Kisangani.

La RDC interdit toute manifestation depuis les journées sanglantes de septembre 2016, juste avant l’expiration du deuxième et dernier mandat du président Kabila le 20 décembre 2016.

Les organisateurs demandent à Joseph Kabila de déclarer publiquement qu’il ne sera pas candidat à un troisième mandat, ce que lui interdit d’ailleurs la Constitution.

Ils demandent aussi le respect d’un accord politique de la Saint-Sylvestre 2016 prévoyant la libération des prisonniers politiques.

L’accord prévoyait des élections fin 2017 au plus tard. Début novembre, la commission électorale a renvoyé ces élections au 23 décembre 2018, estimant que les violences dans le Kasaï avaient retardé le recensement.

Le deuxième et dernier mandat du président Kabila a officiellement pris fin le 20 décembre 2016.

(Avec AFP)

Les photos et vidéos de la répression sanglante des marches pacifiques anti-Kabila à Kinshasa

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