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16 février 1992: Ce jour-là, la « marche de l’espoir » est réprimée dans le sang par Mobutu Sese Seko

Vingt-six ans après la répression dans le sang de la « marche de l’espoir », des chrétiens font de nouveau face au pouvoir en RDC. Retour sur l’une des plus grandes manifestations populaires depuis l’indépendance du pays en 1960.

Le 16 février 1992, des dizaines de milliers de personnes descendent dans les rues, dans les vingt-quatre communes de Kinshasa. Les marcheurs, qui ont répondu à l’appel d’un groupe de prêtre kinois, réclament de réelles avancées démocratiques. Malgré l’interdiction de la marche par les autorités de Kinshasa et l’absence de soutien officiel de la hiérarchie de l’Église catholique, le mouvement est massivement suivi.

Chaque manifestant a été invité à ramener une bougie, un rameau ou un chapelet. Dans les rangs des manifestants, si les chrétiens sont très représentés, la marche réunit toutes les confessions.

Face à cette marche, la répression est extrêmement dure. Et immédiate. Les forces de l’ordre tirent sur la foule. Selon les témoignages de l’époque, pendant que, en première ligne, des policiers tirent sur les manifestants, des troupes placées en retrait s’empressent de ramasser et de cacher les cadavres. Une méthode qui explique le va rendre difficile le décompte des victimes de ce 16 février 1992. Selon le bilan officiel, treize personnes ont été tuées. Un chiffre sous-estimé pour la Voix de Sans-Voix pour les droits de l’homme (VSV), qui évoque le nombre de 35 victimes.

Les prémisses de la démocratie zaïroise

Pour comprendre ce qu’il s’est passé ce jour-là, il faut remonter à avril 1990. Mobutu Sese Seko, alors président du Zaïre, annonce la fin du monopartisme. Un an plus tard, en mai 1991, s’ouvre à Kinshasa une conférence nationale, grand forum national composé de 2 650 personnes venues de l’ensemble du pays et d’horizons différents. Objectif : trouver des moyens concrets de faciliter la transition du Zaïre vers la voie démocratique.

Mais ces assises sont suspendues une première fois en août 1991, avant d’être rouvertes le mois de décembre suivant, sous la direction de Monseigneur Laurent Monsengwo, qui faisait alors déjà figure d’opposant avec le pouvoir en place.

Objectif : trouver des moyens concrets de faciliter la transition du Zaïre vers la voie démocratique
Elles sont de nouveau interrompues en janvier 1992. Jean Nguz Karl-I-Bond, alors Premier ministre, justifie ce nouvel arrêt par les coûts exorbitants des travaux de la conférence, tout en invoquant la surreprésentation de la province du Kasaï Oriental parmi les conférenciers. C’est cette décision qui déclenche la « marche de l’espoir ».

Une victoire entachée

Voulue pacifique, cette marche sanglante soulève une indignation générale dans l’ensemble pays, mais également au-delà. La communauté internationale condamne fermement les agissements du régime mobutiste, les États-Unis allant même jusqu’à qualifier la répression de massacre.

Acculé de toute part, Mobutu finit par céder : la Conférence nationale devient « Souveraine » (CNS) et reprend en avril 1992. Les suites de la « marche de l’espoir » ont révélé l’influence des chrétiens sur la chose publique en République démocratique du Congo, un rôle qui n’a cessé de s’accroître jusqu’à aujourd’hui.

Acculé de toute part, Mobutu finit par céder

Les travaux de la CNS se développent jusqu’au 15 août 1992, date à laquelle Étienne Tshisekedi –farouche opposant du Léopard du Zaïre– est élu Premier ministre du gouvernement de transition.

En décembre 1992, la CNS clôture ses travaux après avoir jeté les bases de la démocratie, avec un projet de constitution et un calendrier électoral. Une réelle ambition politique, qui ne sera pas suivie.

Zaïre – Acte du 4 août 1992 – Digithèque MJP by jeuneafrique on Scribd

Une des plus grands soulèvements depuis l’indépendance
La marche du 16 février 1992 est l’une des plus grandes manifestations populaires depuis l’indépendance de 1960. Elle est désormais associée à la lutte pour la démocratie en République démocratique du Congo, tout en perdant année après année de sa postérité.

Une volonté de mémoire pourtant fréquemment renouvelée – d’autant plus dans le contexte actuel qui voit le retour des marches chrétiennes, à nouveau réprimées – y compris par l’Église qui à défaut d’avoir approuvé la « marche de l’espoir » à l’époque appelle désormais régulièrement à marcher le jour de la date anniversaire.

Pour autant, les événements du 16 février 1992 n’ont jamais été institué comme jour de commémoration officiel. En février 2013, l’association Entente inter-provinciale a invité le président Joseph Kabila et le Parlement à faire du 16 février la « Journée nationale des Martyrs de la démocratie » à l’instar du 4 janvier, « Journée nationale des Martyrs de l’indépendance », lui-même férié.

Si ceux qui sont morts le 4 janvier 1959 l’ont été pour conquérir l’indépendance, ceux du 16 février sont morts pour conquérir la démocratie
Le président de l’association, l’ex-ministre Jean-Marie Ntantu Mey, justifiait alors sa position : « Si ceux qui sont morts le 4 janvier 1959 l’ont été pour conquérir l’indépendance, ceux du 16 février sont morts pour conquérir la démocratie. »

Avec Jeuneafrique